|
Méan et ses contradictions Le Quotidien 02/10/2009
Le monde est plein de contradictions. L'artiste liégeois Francis Méan ne fait pas exception. Au contraire, il cultive sa contradiction et l'installe à la vue de tous dans les galeries d'art./ De notre journaliste Pablo Chimienti
Voilà trente ans que le peintre Francis Méan a pris ses distances avec la peinture académique et figurative pour laisser la place à des tableaux abstraits. Des peintures à l'huile qu'il faut ressentir plus que comprendre malgré ses évidentes références à des paysages. «J'ai la chance de voyager beaucoup : Israël, Maroc, Égypte..., explique Francis Méan. Des pays avec une lumière magnifique et partout il y a des paysages qui me tapent dans l'œil. Ça m'inspire. J'aime m'imprégner de ces couleurs et de ces formes pour les recréer ensuite à ma manière dans mes tableaux.» Grâce à lui, les yeux des spectateurs deviennent des médiums dont le rôle est de récupérer le sable, le vent et l'eau introduits dans ces tableaux par les pinceaux du peintre pour les relâcher à l'intérieur du corps et de l'esprit de chacun.
Une grande chaleur et une grande tranquillité émanent de ces peintures à travers les couleurs, le jeu de lumière et les diverses compositions. Malgré des paysages qu'on devine escarpés, voire dangereux - entre autres grâce, ou à cause, de leurs titres: Fissure dans le rocher, Trouble au centre de la Terre, Un Grand Passage... - on se sent en sécurité au point de vouloir y plonger la tête la première. Et ce n'est pas un hasard. Méan : «J'insère toujours dans mes peintures une pointe de lumière, pour bien montrer que, quel que soit le chemin à parcourir, il y a toujours un espoir au bout.»
Peintures aériennes, sculptures terrestres
Ainsi, chaque tableau, loin de l'instantané, raconte une longue histoire. D'ailleurs, à y regarder de plus près, on trouve dans ces grandes toiles un tas de petits détails : des écritures («même s'il n'y a aucun code secret dedans», assure l'artiste) et de petits bonshommes.
Une première brèche dans son art abstrait qui ne fait que préfigurer son travail de sculpteur. Un aspect encore méconnu de son œuvre, qu'il a pourtant entamé voici cinq ans déjà, et dont la galerie Schortgen présente huit pièces. «J'ai horreur de me répéter, lance l'artiste. En sculpture je m'amuse donc à faire l'exact contraire de ce que je fais en peinture. Quand je sculpte, j'utilise des formes humaines, figuratives - alors qu'en peinture, je présente avant tout la nature - pour présenter des idées : le temps, la poésie, la philosophie...», ajoute-t-il. D'ailleurs, alors que les peintures se veulent claires, aériennes et légères, les sculptures - réalisées en bronze, acier et pierre - sont volontairement sombres et lourdes. Terrestres, quoi!
L'ensemble, dans ses contradictions, montre l'artiste au plus profond de son art. Francis Méan rêve d'un monde plus libre, plus fou, plus poétique et artistique, avec moins de faux-semblants et où l'être humain se prendrait, enfin, un peu moins au sérieux. Les citations qu'il insère dans son catalogue ne sont, à ce sujet, pas innocentes non plus, entre Thomas d'Aquin, le Livre de Job, Saint-Exupéry, Shakespeare, Picasso, Wilde ou encore Raymond Devos. Un exemple? «La vie devient une chose délicieuse, aussitôt qu'on décide de ne plus la prendre au sérieux», signé Henri de Montherlant.
Un mode de vie que Francis Méan, à 57 ans, a définitivement fait sien.
Jusqu'au 17 octobre à la galerie Schortgen d'Esch-sur-Alzette.
www.mean.be
Le Quotidien 02/10/2009
http://lequotidien.editpress.lu/les-loisirs/5697.html
|
|
Francis Méan © 2009
|
|